Traitements des acouphènes : ce qui marche, ce qui ne marche pas
En bref
- Il n’existe aucun traitement qui fasse disparaître un acouphène chronique. Méfiez-vous de quiconque le promet.
- La seule approche dont l’efficacité est démontrée est la thérapie cognitive et comportementale (TCC) : elle réduit la gêne, pas le son.
- L’appareil auditif est utile si une perte auditive est mesurée. Le bruit de fond, l’activité physique et le sommeil aident au quotidien.
- Médicaments, compléments, acupuncture, neurostimulation : la HAS ne les recommande pas pour l’acouphène lui-même.
En 2010, mon médecin m’a prescrit des vasodilatateurs dans la semaine qui a suivi l’apparition de mon sifflement. Ils n’ont rien changé, et la HAS ne les recommande pas. Depuis, j’ai essayé beaucoup de choses, avec un bilan simple : rien n’a fait baisser le son, mais plusieurs habitudes m’aident à le supporter. C’est exactement ce que dit la science.
En juin 2026, la Haute Autorité de santé a publié sa première recommandation sur les acouphènes invalidants[1]. Elle sert de base à toute cette page.
Le tableau d’ensemble
| Approche | Niveau de preuve | Position de la HAS (2026) |
|---|---|---|
| Thérapie cognitive et comportementale | Solide | Recommandée : seule approche ayant montré son efficacité |
| Appareil auditif | Faible | Référence en cas de perte auditive mesurée ; pas seul sans perte |
| Générateur de bruit, bruit de fond | Faible | Proposé, combiné à d’autres approches |
| Pleine conscience, thérapie d’acceptation | Faible | Possible si la gêne est légère à modérée |
| Sophrologie, hypnose, relaxation | Aucune | Pas en traitement ; en complément pour le stress et le sommeil |
| Activité physique | Aucune | Encouragée pour le stress et l’anxiété |
| Médicaments | Aucune | Non recommandés contre l’acouphène ; possibles pour l’anxiété, la dépression, l’insomnie |
| Compléments alimentaires, CBD | Aucune | Non recommandés ; la mélatonine peut aider à dormir |
| Neurostimulation (rTMS, Lenire…) | Faible | Non recommandée, faute de preuves suffisantes |
| Acupuncture, thérapies manuelles | Aucune | Non recommandés |
| Implant cochléaire | Faible | Réservé aux surdités sévères à profondes |
Les niveaux de preuve portent sur l’effet sur l’acouphène, d’après la HAS et les revues Cochrane. « Aucune preuve » ne veut pas dire « inutile » : l’activité physique, par exemple, est excellente pour le stress, mais rien ne montre qu’elle agisse sur l’acouphène lui-même.
La thérapie cognitive et comportementale
C’est la seule approche que la HAS recommande dans tous les cas d’acouphène invalidant[1]. La revue Cochrane de 2020 conclut qu’elle peut réduire l’impact de l’acouphène sur la qualité de vie en fin de traitement, avec des preuves de certitude faible à modérée, et sans effet indésirable grave signalé. On manque en revanche de données sur la durée de l’effet[2].
Elle ne fait pas baisser le son. Elle travaille sur ce qui transforme un bruit en souffrance : les pensées catastrophistes (« ça va me rendre fou »), l’hypervigilance, l’évitement, les troubles du sommeil. Concrètement, ce sont des séances régulières sur plusieurs semaines avec un psychologue ou un psychiatre formé, en individuel ou en groupe.
La HAS module selon la gêne, mesurée par le questionnaire THI : conseils et approches globales pour une gêne légère, séances de TCC pour une gêne moyenne, orientation systématique vers une TCC pour une gêne sévère, avec un psychiatre en cas de trouble anxieux avéré.
Testé par moi
Je ne l’ai pas essayée. Le premier jour, je me suis dit qu’un acouphène me rendrait fou : c’est exactement le type de pensée sur lequel la TCC travaille.
Les thérapies sonores et l’appareil auditif
En cas de perte auditive mesurée, l’appareil auditif est la thérapie sonore de référence, avec un essai de deux mois. Sans perte auditive, la thérapie sonore seule n’est pas recommandée, mais un enrichissement sonore (ventilateur, enceinte, application de bruit blanc) peut accompagner les autres approches[1]. Tout le détail, et mon expérience d’un appareil qui n’était pas justifié, dans appareil auditif et acouphènes.
Sophrologie, relaxation, méditation
Elles ne traitent pas l’acouphène, mais peuvent aider à gérer le stress, l’anxiété et le sommeil, en complément. Attention au silence, qui fait ressortir le sifflement : la méditation a empiré les choses chez moi. Voir sophrologie, relaxation, méditation.
Hygiène de vie : ce qui m’aide le plus
La HAS encourage l’activité physique régulière pour gérer le stress et l’anxiété, et conseille de se protéger des bruits forts sans s’isoler totalement du bruit[1].
Testé par moi
Ce sont les seules choses que je classe dans « ça m’aide vraiment » : me coucher plus tôt et dormir davantage, faire du sport régulièrement, boire moins de café et d’alcool, manger moins salé, et porter des protections auditives dans le bruit. Mon acouphène monte dès que je manque de sommeil ou que je suis stressé.
Le sommeil a son article : dormir malgré les acouphènes.
Médicaments et compléments alimentaires
Aucun médicament n’est recommandé pour traiter l’acouphène lui-même, faute de preuves d’efficacité et de sécurité. En revanche, quand l’acouphène s’accompagne d’insomnie, d’anxiété ou de dépression, ces troubles peuvent être traités par un médicament adapté (antidépresseur, anxiolytique…), avec un suivi psychologique[1].
Même chose pour les compléments alimentaires : la HAS ne les recommande pas contre l’acouphène. Seule la mélatonine peut être envisagée pour les troubles du sommeil ou l’anxiété associés, après avis médical, en raison de possibles interactions, notamment avec les antidépresseurs[1]. Le détail, complément par complément : CBD et compléments alimentaires.
Testé par moi
Un anxiolytique prescrit, pris les soirs de forte crise avant de me coucher, m’aide un peu. Le magnésium, le zinc et la mélatonine aussi, un peu. Les antioxydants, le ginkgo biloba et le CBD n’ont eu aucun effet. Les vasodilatateurs prescrits au début non plus.
Neurostimulation, Lenire, rTMS
Stimulation magnétique transcrânienne (rTMS), stimulation électrique, stimulation bimodale associant sons et électrodes sur la langue (le principe du dispositif Lenire) : pour la HAS, les données d’efficacité et de sécurité sont insuffisantes pour les recommander. La rTMS est même déconseillée en cas d’hyperacousie, car elle expose à des bruits très forts[1]. Les essais de Lenire et leurs limites sont détaillés dans Lenire : ce que valent vraiment les études.
Acupuncture et thérapies manuelles
L’acupuncture, le laser et la neurostimulation électrique transcutanée (TENS) ne sont pas recommandés contre l’acouphène. L’acupuncture peut se discuter pour une douleur associée[1].
Si votre acouphène varie quand vous serrez les dents ou bougez la nuque (acouphène somatosensoriel), la HAS conseille de consulter un professionnel de santé formé aux thérapies manuelles : dentiste, kinésithérapeute, orthophoniste, rhumatologue[1]. Voir massage, réflexologie, ostéopathie, chiropractie.
Testé par moi
Ostéopathe, chiropracteur, massages, acupuncture, kiné spécialisé de la mâchoire : aucun effet sur mon acouphène.
L’implant cochléaire
Il ne traite pas l’acouphène en tant que tel. Il peut être proposé par un ORL en cas de surdité sévère à profonde, d’une ou des deux oreilles, avec un acouphène très invalidant, quand les appareils auditifs ne suffisent pas[1].
Se faire accompagner, et se protéger des charlatans
La HAS recommande d’orienter les patients qui le souhaitent vers une association, pour s’informer, échanger avec d’autres patients et repérer les pratiques non recommandées. En France, l’association France Acouphènes joue ce rôle.
Un acouphène rend vulnérable, et le marché des remèdes miracles le sait. Fuyez les promesses de guérison, les « méthodes exclusives », les livres numériques qui « éliminent les acouphènes », et toute personne qui vous demande d’arrêter un suivi médical. En cas de doute, la HAS renvoie vers les informations de la Miviludes sur les dérives thérapeutiques[1].
Pour comprendre d’où vient votre acouphène et savoir quand consulter en urgence, lisez d’où vient le bruit, et quand s’inquiéter.
Sources
- Haute Autorité de santé, Acouphènes invalidants chez l’adulte : diagnostic et prise en charge, recommandations, juin 2026, chapitre 2.
- Fuller T. et al., Cognitive behavioural therapy for tinnitus, Cochrane, 2020.